L’EUROPE JOUE A « OUI, MAIS NON »

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Premier tableau. Dans un club huppé de Londres, trois gentlemen terminent le déjeuner. Ils ont été tempérants. La raison de leur rencontre est importante. Vont-ils lier leur sort à l’UKIP et se prononcer pour le Brexit? Ils ont tracé la colonne des plus et la colonne des moins. Les réfugiés s’entassent à Calais et le Continent prévoit trois millions de migrants supplémentaires dans les deux ans qui viennent. Il faut plus que jamais prendre ses distances.
Ils décident de rejoindre Nigel.

Deuxième tableau. Dans un pub de Glasgow, un prof d’université , une femme d’affaires et un industriel du pétrole, qui s’étaient découvert une proximité de vues encourageante sur l’avenir de l’Ecosse, sirotent leur whisky et concluent: nous devons faire savoir à Londres que si le Royaume Uni quitte l’Union européenne, nous, Ecossais, nous sortons du Royaume Uni et prenons l’euro comme monnaie nationale.

Ils décident d’écrire à David Cameron, en soulignant leur poids respectif sur l’opinion.
Troisième tableau. A l’Hôtel de Ville d’Anvers, le bourgmestre a réuni sa garde rapprochée. Son parti ne peut cautionner la politique migratoire de l’Union européenne. Il s’en est expliqué dans une lettre étonnante, venant de cet homme réputé intelligent. Il s’agit pour la NVA de repérer le momentum le plus favorable, dans une opinion déboussolée par l’afflux des migrants, pour provoquer la chute du gouvernement et pousser la Flandre hors du Royaume de Belgique sans sortir de l’Union européenne.
Quatrième tableau. A Barcelone, Arturo Mas, fort de sa majorité indépendantiste au Parlement de Catalogne, réunit ses conseillers une
énième fois pour chercher la voie praticable qui conduira à quitter l’Espagne sans quitter l’Union européenne..

Cinquième tableau. A Madrid, pendant ce temps, le chef du gouvernement fait état des contacts qu’il a eus au sein du Parti Populaire pour obtenir une déclaration qui mette un terme définitif aux velléités catalanes de quitter le Royaume tout en restant dans l’Union européenne.

Il a, dit-il, senti un malaise profond au parti. Orban, Kaschinsky et maintenant Berlusconi brouillent les pistes devant Junker.
Sixième tableau. A Paris, dans un restaurant discret, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon dînent sobrement: leur rendez-vous n’a d’autre but que d’harmoniser entre leurs deux formations, qui militent aux antipodes du paysage politique français, les arguments qui porteront un coup fatal à l’Union européenne. A la fin du repas, le téléphone de Marine Le Pen sonne: c’est Berlusconi qui lui rapporte les propos anti-européens qu’il a tenus devant l’auditoire ravi de la Ligue du Nord.
Marine commande le champagne.

Il faut un mot fort pour décrire l’état de l’Union. De Gaulle aurait dit: la chienlit, mais le mot est retombé dans l’oubli dont il l’avait tiré.
Avec moins de culture, je dirai :
« C’est le bordel! »
Et je ne m’en réjouis pas.
« Et ailleurs, dites-moi, comment ça va? »
« Vous savez, à l’est de l’Europe, en Russie, le rouble a perdu la moitié de sa valeur, mais les Russes ont un Président. Pas commode, il est vrai,
mais il tient les rênes. » « Et aux USA? »
« Ne m’en parlez pas: ils sont dans une campagne électorale agitée alors que l’élection présidentielle vient seulement l’an prochain! »
« Ah, ils ont aussi un Président élu! »
« Euh, oui. »
« Et la Chine, par exemple? »
« Le Président Li vient de rencontrer son homologue Taïwanais. On parle d’une poignée de mains historique. »
« Donc, en Chine, aussi, ils élisent un Président? »
« Les Chinois n’ont pas besoin de l’élire. Ils ont une tradition qui remonte à la dernière guerre. Ils confient un pouvoir énorme à un seul homme. »
« Donc, si je résume, seule l’Europe refuse d’élire au suffrage universel un Président qui la représente, parle en son nom et assume la direction de sa politique.
Et vous croyez vraiment que cette situation va encore durer longtemps? »

Pierre Hazette,

Ndlr: heureusement ceci est de l’histoire ancienne qui fait bien rire John Forsythe et son équipe car désormais on ne joue plus à « oui mais non »mais on va plus que jamais de l’avant.

Crédit photo: Ben Heine

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