L’histoire d’Abed : quand une détonation sonne comme un coup de canon en Europe.

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Il s’appelait Abed Assad. Célibataire, 26 ans, homonyme de Bachar, asthmatique. L’handicap respiratoire est grave, ce qui lui a valu d’échapper miraculeusement à l’enrôlement de force dans les troupes armées syriennes. Le régime est aux abois et comme on envoie désormais des adolescents au front, un déficit respiratoire ne pèse pas très lourd au regard de l’urgence de la situation de guerre. Abed a reçu la visite d’un sous-officier enrôleur, dans une semaine, il doit se présenter au quartier du troisième Régiment d’Infanterie. Abed connaît la chanson : comme des milliers avant lui, six mois de formation sommaire, ensuite le front avec la mort pour seule perspective. La famille se réunit en urgence, elle s’endette au-delà de toute raison, et s’ensuit un déchirant  » va mon fils, sauve-toi vite ! « . Pour l’européen lamda, la suite est malheureusement devenue d’une affligeante banalité…des migrants, une filière, un titre dans les journaux, une séquence télévisée avec Lesbos, Lampedusa, ou la place Maximilien en Belgique comme premier accueil sauf que…pour  » tous les Abed », le traumatisme est profond : le froid, la faim, la peur, l’humiliation, un sac Adidas pour toute richesse. Il y a des firmaments où brille toujours une mauvaise étoile, celle d’ Abed. L’Europe s’est cabrée, elle se rétracte, les flux migratoires se gonflent comme un fleuve en crue, la pression de la rue est forte, les peurs s’exacerbent, les règles changent depuis que des formations politiques autoritaires donnent le  » La « , la Belgique n’y échappe pas. Le bagage d’Abed ne pèse pas lourd pour l’obtention d’un statut de réfugié. Son asthme ? Bien réel pour la commission médicale, mais il y a des centres médicaux à Damas. Le candidat réfugié est Allouite, il n’y a pas de persécutions à leur encontre…alors la décision tombe comme un avion au bout d’une piste.

Un peu plus tard, Damas. La police militaire. La sentence est immédiate. Une détonation. Abed était déjà mort de ses espérances violées avant de toucher le sol.
Par la seule volonté d’une femme, unique éclaircie dans le chemin de croix du réfugié Abed, cette détonation allait retentir comme un coup de canon aux oreilles européennes et réveiller les consciences endormies. Une infirmière s’était émue de la détresse d’Abed et lui avait offert son sourire comme mille mains tendues. On lui rapporta la fin tragique de son ami. Ses pleurs devinrent des mots, les mots des cris, les cris des indignations, les indignations des résolutions politiques…
On peut s’interroger sans fin pourquoi certaines histoires, comme celle d’Abed, pourquoi des images ou la photo du petit Aylan noyé, échoué sur une plage turque, trouvent plus facilement le chemin des cœurs ? Nul ne le sait.
L’Europe avait la gueule de bois, mais elle a entendu le sursaut de ses citoyens.

Les États membres de la Communauté Européenne prirent plusieurs décisions avec effet immédiat : augmentation significative de l’aide finacière aux États limitrophes des zones sinistrées pour l’accueil et le regroupement des familles et intégration dans le tissu économique régional, amélioration des zones d’accueil dans l’espace Schengen, formation d’effectifs spécialisés de première intervention, d’accompagnement psychologique , social et d’intégration. Mise en place d’un Commissaire spécial pour le suivi des candidats malheureux : nul ne serait rendu à son pays d’origine sans balise d’accompagnement des Autorités Européennes. Intensification des missions diplomatiques dans la recherche de processus de paix.

Une campagne d’information et de sensibilisation sans précédent fut lancée pour l’harmonisation du besoin sécuritaire des populations et des valeurs d’accueil propres à la civilisation de l’espace européen. L’Europe fit preuve d’autres initiatives, nombreuses et innovantes.
Abed le réfugié qui mourut sous les balles, Aylan qui s’échoua noyé sur une plage de Turquie,

l’infirmière qui ne renonça jamais, des plus illustres aux plus anonymes, avec des mots, des actes ou un regard, ils sont tous la preuve que l’Europe est bien autre chose qu’une citadelle. Elle peut parfois en avoir la tentation, mais elle ressort toujours plus forte de ses hésitations.

 
Juan coppieters ‘t wallant.

 

Crédit photo: Ben Heine

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