La faute à l’Europe !

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« Le Nouvel Européen.

Discover what Europe could be »

« La faute à l’Europe ! »

Le projet européen a vu le jour en portant de grands espoirs. Il visait dans l’esprit des responsables politiques qui l’ont conçu, à créer un nouvel espace de paix après deux Guerres mondiales particulièrement meurtrières. Il s’agissait également de créer une dynamique suffisamment forte pour extraire les anciens belligérants du cercle vicieux dans lequel ils étaient englués par des centaines d’années de luttes et de rivalités pour les inscrire dans une structure supranationale prévenant tout risque de guerre intestine, mais suffisamment souple par ailleurs pour permettre à chacun de rester ce qu’il est en pérennisant son identité. C’est d’ailleurs ce que traduit très bien la devise européenne : « Unie dans la diversité ». Le projet européen avait également pour objectif, très pragmatique mais c’est une réalité, de faire obstacle au communisme, non pas à l’idéal en tant que système de pensée, mais à l’idéologie portée par les « démocraties populaires » de l’ancienne Europe de l’Est comprise comme système d’oppression.

Quelques décennies plus tard, plusieurs tendances lourdes se sont imposées. En acceptant de s’élargir sans nourrir l’indispensable pendant de l’élargissement, c’est-à-dire l’intégration, l’Europe est devenue une machine compliquée, techniciste, réservée prioritairement aux experts. En d’autres termes, l’Europe a été désertée par le politique. Or, il est impossible de susciter l’adhésion des populations au projet européen si ce dernier n’est pas corrélativement un projet créateur d’identités multiples, de sens et de débats citoyens.

Certes, les objectifs initiaux ont été atteints : plus une seule bombe n’a explosé dans nos pays à l’instigation d’un autre Etat-membre. De même, le soviétisme ne s’est pas étendu à l’Ouest et s’est effondré tout seul. Le pouvoir d’attraction de l’Union a permis à la plupart des pays qui avaient dû adhérer au Pacte de Varsovie de la rejoindre, incarnant  à leurs yeux la liberté, la solidarité, les bienfaits de la philosophie libérale, en un mot une certaine image de la dignité de l’Homme. Et ce, pour tous les êtres humains, quels que soient leur sexe, leurs convictions philosophiques ou religieuses, leur appartenance ethnique, leur niveau social et leur préférence culturelle.

Or, que constate-t-on aujourd’hui ? D’une part, le rejet de cet idéal ne cesse de gagner du terrain, non seulement dans plusieurs anciens pays du bloc de l’Est, comme la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, mais également en Autriche, en Grèce, dans l’Europe du Nord et peut-être demain en France. Tous témoignent d’un certain nombre de régressions: régime autoritaire, replié sur soi exaltation exclusive de la nation, de la tribu, de la caste, et de son chef. D’autre part, si le système communiste a bien été en mis en faillite sur l’autel du pragmatisme, l’idéal qu’il portait sur le flanc de l’extrême gauche, connait un regain d’intérêt important. Ces deux extrêmes, tantôt anti, tantôt ultra-libéraux se retrouvent dans une posture commune, clamant haut et fort « c’est la faute à l’Europe ! ». Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que leurs intérêts se rejoignent : il ne faut jamais oublier que c’est grâce aux votes des députés européens d’extrême gauche que le projet européen visant à instaurer la taxe Tobin échoua, en 2000. Outre les passages d’électeurs d’un extrême à l’autre, ces deux mouvements gagnent de plus en plus en importance, rejoints par des franges croissantes de citoyens, d’ordinaire enclins à se tourner vers des partis dits modérés.

Si l’Europe est en faute, c’est d’avoir manqué pendant trop longtemps ses rendez-vous avec les citoyens, c’est d’avoir trop peu rappelé les progrès qu’elle a rendus possibles, c’est de s’être arrêtée à un compromis qui ne fait pas assez de place à la mutualisation des politiques et d’hésiter à réformer ses structures pour continuer à être un facteur de progrès social et entrepreneurial, adapté à la réalité contemporaine.

Rappelons-le ici : un retour aux Etats-Nations, quelque séduisante que puisse être la formule pour beaucoup d’entre nous, n’améliorerait en rien la situation socio-économique de ceux-ci car ils ne seraient pas en mesure de concurrencer isolément les grandes puissances économiques, en particulier émergentes comme la Chine, le Brésil ou l’Inde. Seule l’Europe serait en mesure de le faire. Une fédération d’Etats qui, grâce aux économies réalisées par la mutualisation des politiques, estimées à 1.000 milliards d’euros par an, pourrait à la fois construire une Europe entrepreneuriale et pérenniser notre modèle de protection sociale. Une Europe de l’éducation, de la culture et du dialogue. Une Europe politique, porteuse de sens et de projet, qui accorde au citoyen toute la place qu’il mérite et lui confère un rôle participatif essentiel dans une démocratie moderne.

 

Olivier Boruchowitch

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