Pour L’Europe, tapez zéro !

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« Le Nouvel Européen.

Discover what Europe could be »

« Dites, si c’était vrai »

 

Une fois de plus le président de la Fédération européenne, John Forsythe, a décidé de relayer la parole d’un militant de la première heure de la construction  européenne, Pierre Defraigne, ami de Stand Up for Europe.

Pierre Defraigne est un lanceur d’alerte; il travaille à réconcilier les citoyens avec la fraction engagée de la classe politique pour donner à l’Europe son statut de pilier économique, social et stratégique dans un monde désormais multipolaire.

Mais qu’est-ce donc que cette Europe qui s’empare des leviers de commande de la croissance mais qui n’en a pas l’usage ? Qu’est-ce donc que cette Europe sans visage enterrée dans ses bunkers du rond-point Schuman et qui délibère hors du regard des citoyens ? Qu’est-ce donc que cette Europe qui déroule à répétition la même bande-son préenregistrée en vingt-cinq langues, mais qui jamais n’écoute et donc ne répond pas ?

L’Europe des Fondateurs se voulait de plus en plus communautaire. L’Europe des héritiers se fait de plus en plus intergouvernementale, d’où les divisions, d’où l’impuissance, d’où l’anonymat, d’où l’impossibilité pour le citoyen de se faire entendre.

Ce diagnostic est-il trop sévère ? Jugeons l’arbre à ses fruits : l’eurozone ne retrouve qu’aujourd’hui son niveau de PIB de 2008, soit huit ans après la crise ! Le chômage à près de deux chiffres persiste et les inégalités vont croissant, poussant à l’exclusion des jeunes, des chômeurs en fin de droit, des immigrés clandestins et au déclassement de la classe moyenne. La divergence se creuse entre les États et, avec elle, une hiérarchie s’installe avec en tête une Allemagne réticente à donner une direction et à délier les cordons de la bourse, mais prompte à donner des leçons. Et les autres Chefs d’État et de Gouvernement d’acquiescer benoîtement du chef autour de la table du Conseil européen. Ah, vous voulez faire de l’ordolibéralisme allemand la doctrine-étalon de l’Europe ? Bon amusement ! Ce sera la déflation mondiale organisée et la dualisation sociale assurée de l’Europe.

Comment ne réalisent-ils pas, ces princes qui ne nous gouvernent pas, que le modèle allemand, viable au niveau d’un État, devient hautement dysfonctionnel lorsqu’il est généralisé à l’Europe puisqu’il ne fonctionne, qu’à coup de sur-épargne – au demeurant très mal répartie – et de surplus commerciaux aux dépens des autres pays de l’eurozone ? D’autant que l’Allemagne refuse une « transfer union », c’est-à-dire un budget de l’eurozone qui assurerait tout à la fois une solidarité entre États et une stabilisation anticyclique automatique. Et qui assurera, sans budget commun, la défense de l’Europe ? Les Américains ? Cela ne durera plus longtemps et la tutelle américaine sur une politique étrangère européenne élusive coûte très cher à l’Europe. Le chaos au Moyen-Orient a été dramatiquement aggravé par la guerre en Irak que l’Europe désunie n’a pas pu empêcher. Un raisonnement similaire pourrait être fait à propos de l’Ukraine, parce que le sentiment antirusse – persistant après la chute de l’URSS – au sein de certains cercles influents de Washington a pesé trop lourd dans la définition de la « politique » européenne.

Le citoyen européen est las des divisions, de la hiérarchie et de la paralysie de l’Europe. Mais celle-ci se dérobe au débat. Tout se joue à huis-clos entre technocrates et diplomates, auxquels les lobbys arrivent toutefois à avoir un accès plus facile que la société civile. L’Europe n’est-elle pas avant tout une entreprise économique faisant la part belle aux 0,5% de grandes firmes (contre 99,5% de PME) qui impriment leur dynamique au modèle européen ? La sphère publique de l’Europe est vide et les communiqués et les vidéos des porte-parole officiels se dévident dans l’indifférence des salles de presse aseptisées, sécurisées et ouatées.

L’Europe est bloquée parce qu’elle ne dispose pas d’une sphère publique et donc d’un « demos », c’est-à-dire d’une opinion publique organisée. Pas de demos sans enjeu et sans leaders. Ces deux conditions sont centrales.  L’enjeu est tout autre chose que le script fonctionnel inscrit dans les Traités pour que la libre circulation des personnes, des biens, des services, des capitaux, ait prééminence sur le modèle social, ou plus exactement mette en compétition les modèles sociaux nationaux dans une course au moins-disant social et fiscal. Un enjeu véritable serait un dessein pour l’avenir, mais la distribution, de bric et de broc, des compétences entre États et Union rend la possibilité un dessein très improbable. Les leaders quant à eux, ce sont les hommes et les femmes en charge de l’Exécutif – la Commission. Ils sont aujourd’hui désignés derrière des portes closes par des caucus parlementaires ou de dîners de travail de Chefs d’État. Mais l’Europe a besoin d’un visage pour que le dialogue citoyen constitutif du demos s’établisse sur les enjeux de fond. Les procédures compliquées et trompeuses des « spitz candidates » ne répondent pas à l’exigence d’accountability. L’électeur doit tout savoir des candidats à la Présidence et des futurs Commissaires, avant le scrutin européen. On ne confie pas de mandats exécutifs à ceux qui sont restés des anonymes pour les électeurs.

Un no-man’s land s’est construit en Europe entre Bruxelles et les peuples. Aucune parole n’y circule. Seule la machine de propagande de l’appareil bureaucratique émet ses messages rassurants mais vides de sens, faute d’un dessein pour l’Europe dans lequel ils s’inscriraient mais dont l’UE est incapable. C’est bien là le plus grave pour l’Europe à la veille du referendum sur le Brexit : la Grande-Bretagne débat et délibère, Bruxelles se tait comme une fiancée qui redoute d’être répudiée et se morfond sur sa chaise. Il faut en finir avec cette Europe-là et la refonder comme Europe citoyenne.

 

Pierre Defraigne

Citoyen européen

Directeur général  honoraire de la Commission européenne

Directeur exécutif du centre Madariaga – Collège d’Europe

 

We will do it!

Ces infos ne sont pas encore d’actualité.

DOMMAGE.

 

Crédit photo: Ben Heine

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