Le clivage gauche-droite a-t-il encore un sens?

0
574

 

« Le Nouvel Européen.

Discover what Europe could be »

« Dites, si c’était vrai »

John Forsythe, le président de la jeune fédération européenne se félicite que son gouvernement ait dépassé les clivages partisans en rappelant que les textes fondateurs de la jeune fédération européenne avaient été fortement inspirés par deux dirigeants d’un mouvement citoyen « Stand Up for Europe » qui signaient en 2016 un appel afin de bien mettre en évidence que les différentes visions du monde et de la société s’exprimaient désormais dans un autre cadre que l’ancienne bipolarisation gauche-droite.

Notre nouveau cadre institutionnel nous permet de dépasser ce clivage partisan pour nous mettre en phase avec les aspirations des citoyens selon notre président qui a rappelé haut et fort que l’identité nationale et l’identité de classe ont désormais fait place en Europe à une véritable identité européenne.

Il subsiste des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu’ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Il était une époque, dont nous sommes naturellement tous un peu nostalgiques, où nous étions en situation de faire les événements. Mais avec l’émergence de grandes puissances économiques et la mondialisation des marchés, nous ne pouvons au mieux que les signer une fois qu’ils se sont faits sans nous.

En effet, l’influence des membres de l’Union européenne dans le reste du monde s’est effondrée. Nous chérissons l’illusion perdue d’une souveraineté nationale que notre déclin en regard des avancées économiques enregistrées dans d’autres régions du monde a rendue obsolète et qui ne nous protégera pas de leurs effets. Pas plus que les radiations en provenance de Tchernobyl ne s’étaient jadis miraculeusement arrêtées aux frontières de la France, l’onde de choc provoquée par les enjeux planétaires contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux, environnementaux ou sécuritaires, ne se fige aux portes de nos pays « souverains ».

Dès lors que les marges de manœuvre sont devenues aujourd’hui beaucoup plus réduites parce que nos pays sont soumis à une pression internationale beaucoup plus forte qu’autrefois, la question du clivage gauche-droite, qui a structuré le débat et la politique de nos Etats depuis le XVIIIe siècle, se pose immanquablement puisqu’il devient impossible de défendre sérieusement une logique redistributrice – pourtant nécessaire – quand il n’y a plus rien à distribuer !

Ponctuation cosmétique

Certes, il subsiste par ailleurs des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu’ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Une ponctuation cosmétique, pourrait-on dire, en raison de la conversion pragmatique de la social-démocratie au social-libéralisme, puisque la justice redistributive s’étiole à mesure que les caisses de l’Etat se vident et que l’endettement ou les déficits budgétaires se creusent.

Bien entendu, les partis de gauche comme de droite ont des traditions, des cultures, des approches spécifiques, mais face à la réalité des choses, celles-ci ne pèsent plus lourd. On le sait depuis le tournant mitterrandien du début des années 1980, qui a entériné la fin de toute possibilité de conduire une politique réellement de gauche. Trente ans plus tard, François Hollande a dû tirer les mêmes conclusions, comme le reste des responsables politiques européens d’ailleurs.

Il en résulte des conséquences dramatiques puisque les électeurs de gauche, du centre et de droite, sentant l’impuissance du politique, ne croient plus à l’efficacité de l’action publique tandis que les extrêmes s’emploient à faire croire qu’une autre politique, fondée sur le repli sur soi, la sortie de l’euro ou le colbertisme, serait possible alors même que le cadre étriqué de l’Etat-Nation ne permet précisément pas d’en poser les bases.

Pourtant, les sirènes souverainistes attirent de plus en plus d’électeurs, captant une frange non négligeable de citoyens déçus par la pauvreté des débats et l’asthénie à peine voilée des partis modérés pour lesquels ils sont d’ordinaire enclins à voter.

Cette incapacité d’agir sur les causes laisse peser une menace croissante sur l’avenir de nos principes issus de la démocratie libérale. On le voit bien en Hongrie, en Pologne, en Slovaquie mais aussi en Europe occidentale comme en France, où sous couvert d’un front hostile au libéralisme économique, c’est en réalité la lutte contre le déterminisme social au profit du libéralisme philosophique, garant de l’équilibre des pouvoirs, du respect des minorités et de l’égalité des chances, qui est mise en péril. Quant à l’Autriche, elle a bien failli basculer tout récemment dans le populisme, avec un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle qui a recueilli près de 50% des voix.

Tentations populistes

Il subsiste des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu’ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

Nous ne pouvons laisser les tentations populistes triompher du clivage gauche-droite, qui structure la liberté de pensée, nourrit la vitalité de la démocratie parlementaire et demeure le meilleur vecteur de pluralisme, garantissant la possibilité d’une alternance suffisamment marquée pour permettre à différents projets de société de coexister, et suffisamment adulte par ailleurs pour qu’elle ne remette jamais en cause les acquis essentiels de la liberté et de l’égalité sédimentés dans l’inconscient collectif au fil des siècles de lutte pour la démocratie.

Mais depuis quelques années, l’échelon national est devenu si peu signifiant pour faire face aux enjeux mondiaux que la ligne de démarcation entre gauche et droite a perdu sa raison d’être: les partis réformistes de gauche comme de droite, modérés comme conservateurs, sont pro-européens, même s’ils n’osent plus autant l’affirmer qu’auparavant en raison des représentations sociales anti-européennes qui circulent dans l’opinion, tandis que les autres, situés aux extrémités de l’échiquier politique, sont hostiles à l’Europe.

Même si elles divergent souvent sur leurs propositions économiques, les formations qui gravitent dans les extrêmes ont trouvé dans le refus de l’Union des points d’ancrage communs qui les rapprochent singulièrement.

Clivage concentrique

On le voit bien d’ailleurs dans la volatilité de l’électorat de la gauche radicale, dont les transferts de voix en direction de la polarité opposée sont fréquents. Nous sommes donc passés d’une ligne de fracture située au centre de l’échiquier politique à un clivage concentrique car la question de la souveraineté est aujourd’hui celle qui structure véritablement l’organisation idéologique de la vie politique. Les europhobes, d’une part, plaident en faveur du retour à la souveraineté nationale, tandis que les europhiles pensent au contraire que la souveraineté des États européens sera d’autant plus forte qu’elle sera collectivement exercée.

Si les extrêmes se rejoignent en dépit de leurs visions antinomiques de la société, on peut également se demander, à bon droit, si les formations modérées n’auraient pas, elles aussi, sur la question de la souveraineté, du moins, intérêt à prendre acte de l’évolution des lignes de fractures et à unir leurs forces autour du centre de gravité de la vie publique en créant un arc politique à travers les vieux clivages droite-gauche.

C’est ce que vient récemment d’entreprendre le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron. En se déclarant, comme Stand Up, « trans-courant » (qui n’est ni de gauche, ni de droite), son tout nouveau mouvement, « En marche! », suit une tendance qu’il décèle dans la société et dans les attentes des citoyens à l’égard de leurs élus, comme l’indique par exemple l’enquête du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) de 2014, qui révèle que 73% des Français estiment que les notions de droite et de gauche ne veulent plus rien dire.

Et pour cause! Pour retrouver la vitalité du débat démocratique en permettant à différents projets de société gauche/droite d’exister, il faut d’abord reconstruire des espaces politiques qui soient en phase avec l’évolution du monde. La mutualisation de nos moyens et de nos ressources est la seule manière de peser à nouveau sur notre destin et de mieux résister aux contraintes que la mondialisation fait peser sur nos 28 pays.

1 000 milliards d’euros par an

Les économies réalisées grâce à la fédéralisation des compétences, estimées à 1 000 milliards d’euros par an, dégageront des marges de manœuvre colossales permettant de gérer enfin les flux migratoires de manière digne mais responsable, de faire entendre à nouveau la voix de l’Europe dans le concert des grandes nations, d’optimiser la sécurité du territoire, d’organiser une vraie défense européenne, de soutenir nos entreprises, de sécuriser le financement de nos systèmes de protection sociale, d’investir massivement dans l’éducation, l’innovation, l’industrie, la culture et donc de favoriser les conditions de création d’emplois, d’accroître le pouvoir d’achat, bref d’améliorer concrètement la qualité de vie de tous les citoyens par la reconquête d’une réelle souveraineté politique, économique, sociale et culturelle nous donnant un accès collectif à une maîtrise pérenne de notre destin de bien meilleure qualité.

Le préalable de la souveraineté une fois résolu, les projets de société d’inspiration de gauche ou de droite pourront reprendre leur sens puisque la fédéralisation aura permis de renforcer le politique, de récupérer des marges de manœuvre pour financer des politiques d’inspirations différentes. Et d’élaborer des projets de société multiples, pour lesquels l’électeur sera amené à se prononcer ou, mieux encore, auxquels il sera amené à prendre part.

Richard Laub et Olivier Boruchowitch

Co-fondateurs de Stand Up for Europe

We will do it!

Ces infos ne sont pas encore d’actualité.

DOMMAGE.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here